Cet entre-soi encore très masculin

La libération de la parole concernant les violences sexuelles dans le monde du sport souligne l’extrême besoin d’ouverture, et, par contraste, l’extrême degré de fermeture des espaces sportifs.

Le vestiaire, au lieu d’être un lieu convivial d’acceptation respectueuse des corps différents, peut devenir un espace clos et inquiétant, où se reproduisent des processus de domination, de discrimination, de violences. S’y développe une culture de l’entre-soi qui - les derniers témoignages de victimes de violences sexuelles en attestent - au lieu d’être protectrice, s’est révélée destructrice et violente.

Extraits d’un texte d’Antoine Leblanc, géographe, publié dans Libération (11/02/2020)

La violence et les agressions sexuelles dans le sport procèdent de la conjonction entre les agissements d’individus, dotés de libre arbitre, et les processus bien huilés d’un système qui fabrique des espaces clos, prévus pour être protecteurs, mais qui peuvent se transformer en lieux d’emprise, isolants, tunnels bien sombres de trajectoires sans issue pour de trop nombreuses victimes.
Il en va de même pour tous les espaces qui se referment à coups d’abus de confiance, d’abus de pouvoir, d’abus d’autorité, isolant les victimes, les livrant aux agresseurs : local à matériel, transports et hôtel lors des déplacements, entraînements individuels.

Dans la plupart des espaces sportifs, les genres sont séparés, la mixité limitée et les compétitions cloisonnées. Cette séparation selon le genre entretient certaines formes de masculinité et de féminité qui permettent d’exercer des processus de contrôle social et de reproduction de normes genrées et sexuelles. C’est ainsi que des violences sexuelles, sexistes, homophobes, transphobes y ont lieu, mais qu’elles sont tues, tolérées ou niées.

L’espace sportif demeure un lieu où se performe une masculinité conquérante, qui se traduit notamment par la dévalorisation des femmes et la mise à l’écart, plus ou moins violente, des personnes homosexuelles, intersexuées ou trans. Le sexisme et l’homophobie y sont une composante d’un type d’affirmation virile qui autorise la violence symbolique, voire physique, envers celles et ceux qui ne se conforment pas à ce système, les femmes qui ne rentrent pas dans certains critères physiques, les hommes qui ne participent pas aux blagues convenues…

Il faut briser l’entre-soi masculin des instances sportives.

Il faut ouvrir les espaces sportifs. Les ouvrir physiquement, mais surtout symboliquement et sur le plan institutionnel, afin que ces espaces deviennent des espaces de sécurité pour toutes et pour tous, que la circulation s’y fasse sans risque pour les plus vulnérables, que le plaisir d’y jouer autorise les corps à y évoluer sans crainte.

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