L’entrée par l’écrit pour cerner les difficultés de l’enfant en s’appuyant sur les travaux d’Emilia FERREIRO

Emilia FERREIRO
Culture écrite et éducation
éd. RETZ

Souvent cités, mais longtemps inaccessibles en français, les travaux d’Emilia Ferreiro concernant l’acquisition de la langue écrite font autorité. Véritable biographie intellectuelle, cet ouvrage retrace, lors de sept interviews extrêmement stimulantes, son parcours scientifique et pédagogique, ses prises de position et ses engagements de chercheur, et ses interrogations de pédagogue concernant la culture écrite et son apprentissage.

Par touches successives, son auteur présente un tableau complet des recherches actuelles, de leurs implications pédagogiques et politiques, et des débats en cours dans ce domaine fondamental de l’éducation des enfants.Emilia Ferreiro a débuté son œuvre à la fin des années 60 par une thèse soutenue sous la direction de Jean Piaget. Elle a depuis lors poursuivi ses travaux sans relâche. Constatant les insuffisances de l’alphabétisation initiale dans les pays en développement, notamment en Amérique latine, elle a transformé de façon radicale la manière de penser l’apprentissage de la culture écrite. Plutôt que de prendre part aux polémiques sur la méthode la plus efficace pour apprendre à lire, elle a placé l’enfant, le sujet qui apprend, au centre de ses préoccupations. Ce tournant a exigé des outils théoriques et méthodologiques nouveaux puisés non seulement dans les derniers développements de la psychologie, mais aussi dans les domaines proches de la linguistique, de l’histoire et de l’anthropologie de l’écriture.D’objet d’enseignement, le système de l’écrit est devenu désormais un objet de connaissance, pour le chercheur comme pour l’enfant, système dont la découverte commence pour ce dernier bien avant l’école, sans la médiation d’un enseignement formel et systématique de la part de l’adulte. Ce changement de perspective réfute les présupposés traditionnels sur les systèmes d’écriture et incite à revoir entièrement les pratiques pédagogiques afin d’éviter que l’Ecole ne soit une source d’échecs, d’inégalités et d’exclusion

voir ausssi
FERREIRO, Emilia
L’écriture avant la lettre / Emilia Ferreiro ; [trad. de l’espagnol] ; préf. de Jean Hébrard. - Paris : Hachette éducation, 2000

Les travaux d’Emilia Ferreiro
Consulter : Lire - écrire à l’école : comment s’y apprennent-ils ? CRDP Lyon, 1988
E. Ferreiro a ainsi mis au point des dispositifs pour évaluer où en sont les enfants, pour voir comment ils conçoivent l’écrit.
1. Il s’agit d’abord de prendre des traces interprétables en faisant écrire les élèves, avant qu’ils ne soient censés savoir écrire.
2. Elle propose également aux enfants des petites situations de lecture pour voir comment ils comprennent l’acte de lire (utilisation de textes courts avec des planches).
Dans ces tâches, elle demande aux enfants de signaler les mots d’une phrase, phrase que l’expérimentateur a verbalisée, ou de les verbaliser alors que l’adulte les montre à l’enfant. Bien entendu, un petit arrive à signaler des mots qu’il ne peut verbaliser seul.
Ces travaux ont inspiré fortement Gérard Chauveau et Eliane Rogovas-Chauveau.


L’entrée par l’écrit pour cerner les difficultés de l’enfant en s’appuyant sur les travaux d’Emilia FERREIRO

a) Un peu d’histoire
• Les travaux d’Emilia Ferreiro ont consisté à suivre, dans les années 80-81, des enfants en âge pré-scolaire au Mexique afin d’analyser leur rapport à la construction de l’écrit. Il s’agissait de voir comment l’enfant "s’y prend, comment il s’y apprend".
• Elle montre comment l’observation préalable et continue des enfants doit guider l’élaboration et le choix des pratiques et des théories éducatives.
• Le modèle théorique d’Emilia Ferreiro est lié à sa formation en Psychologie génétique, en Argentine à l’Univsersité de Buenos Aires, puis en Suisse à l’Université de Genève. Jean Piaget a dirigé sa thèse "les relations temporelles dans le langage de l’enfant" et en a préfacé l’édition.
• Emilia Ferreiro s’est intéressée à l’apprentissage de la langue écrite à un moment où la majeure partie des études linguistiques portaient sur la langue orale.

b) L’apprenti lecteur et l’écrit

1) Mise en évidence des démarches utilisées en observant dix écrits d’élèves proposés en individuel par un "maître E" durant 5 à 10 minutes. Dans un premier temps, nous nous sommes demandés à quel niveau de classe appartenaient ces écrits. Les suppositions sont allées de la grande section maternelle au CE1 !!
Hors, il s’agissait uniquement d’écrits d’élèves de CP au début du mois de novembre 97.

2) L’analyse des écrits
Ces écrits peuvent être classés d’après leur similitude. Ils nous permettent d’expliquer comment l’enfant cherche par lui-même à comprendre l’écrit, comment il reconstruit les règles de l’écrit pour se les approprier.
Pour cela, il est bien sûr important de se faire expliquer les productions par les enfants afin d’obtenir des indications supplémentaires.
On remarque que des enfants ont utilisé des dessins.
Pour d’autres, l’écrit est un symbole de la réalité (ex. du loup avec une représentation écrite gigantesque).
Chez certains, la linéarité de l’oral correspond à celle de l’écrit.
On s’aperçoit aussi que d’autres écrits ont pris en compte le fait que les mots soient construits de lettres et qu’il existe une stabilité.
Dans l’écrit n°9, l’enfant essaie de réaliser une correspondance grapho-phonétique.

3) Emilia Ferreiro a effectivement montré que plusieurs problèmes se posent à l’enfant :
• Le 1er est la nature symbolique de l’écrit. L’enfant va prendre conscience que le dessin n’est pas de même nature que l’écrit.
• Le 2ème : l’écrit est un objet qui renvoie à quelque chose de réel. Une liaison avec le langage parlé s’effectue.
• Le 3ème : correspondance entre la linéarité de l’oral et de l’écrit et la non correspondance entre la longueur du mot et la taille de l’objet réel.
• Le 4ème : se rendre compte que les mots sont construits de lettres et qu’il y a une stabilité.
• Le 5ème : arriver à l’analyse syllabique, alphabétique.

La langue écrite se constitue de plusieurs :
1 - les idéosignes (correspondent à la section de Petits)
2 - les pseudo-signes (correspondent à la section de Petits)
3 - mélange de signes en voie d’achèvement
4 - lettres isolées
5 - inflation littérale
6 - jeu combinatoire de lettres et rôle du prénom
7 - intervention de l’oral
8 - analyse phonétique partielle
9 - analyse phonétique complète.

Emilia Ferreiro distingue 4 niveaux :

1) Le niveau dit pré-syllabique
Les productions écrites sont étrangères à toute recherche de correspondance entre graphies et sons. Il s’agit de graphismes primitifs (prédominance de gribouillages et/ou pseudo-lettres) d’écritures uni-graphiques (utilisation d’une seule graphie pour chaque nom à représenter) et d’écriture sans contrôle de quantité (interruption de la succession des graphies uniquement lorsque l’enfant arrive au bout de la feuille).

Pistes de travail pour ce niveau
• travailler plus particulièrement les indices de formes : longueur, silhouette, forme de la première lettre, la place des lettres dans le mot, les signes diacritiques (ç, ", ...), classer des mots selon leur longueur (bus, voiture, locomotive, train,... coccinelle..., pâquerettes).
• écrire des mots ou structures globalement mémorisés (ex. : observer un mot écrit au tableau le cacher : réécrire sur l’ardoise).

2) Le niveau dit syllabique
L’enfant comprend qu’il existe des représentations différentes entre l’oral et l’écrit. Il s’aperçoit aussi du découpage de la chaîne parlée et écrite en segments. Il lui reste à découvrir quel type de découpage du mot prononcé est celui correspondant aux éléments du mot écrit.

Pistes de travail
• travailler la discrimination auditive et visuelle
• découper les mots en syllabe
• associer des phrases écrites à celles qui sont prononcées par l’enseignant sous forme d’étiquettes par exemple : un poisson
un poisson rouge
le chat a croqué le poisson rouge

3) Le niveau dit syllabico-alphabétique
L’enfant comprend que le choix de chaque graphie correspond à une unité sonore. Il utilise aussi deux types de correspondance pour écrire (syllabique et alphabétique) (ex. gto pour gâteau). Ces écritures constituent des degrés interrmédiaires entre deux systèmes d’écriture.

Pistes de travail
• repérer les analogies, les différences (j’entends mais je vois).
• amener l’enfant à réfléchir, à anticiper avant la production écrite.

4) Stade alphabétique
Cette fois, il y a une correspondance entre phonème et graphie - ce qui n’exclut pas bien sûr quelques erreurs occasionnelles.

Pistes de travail s’il y avait lieu
• émettre du sens
• anticiper
• utiliser le système de référence présent dans la classe ou mémorisé pour écrire (listes analogiques, prénoms, mots mémorisés globalement,...).