ANNEXE 3. Le plurisystème graphique du français
D’après Nina Catach

L’orthographe française, fondamentalement phonétique, n’est pas un système d’écriture qui note seulement les sons. Elle est un système à double articulation : phonographique d’une part, supra ou extraphonographique d’autre part.

Bref aperçu du plurisystème graphique du français d’après Nina Catach

Sa plus petite unité est Ie graphème, non la lettre, qui n’est qu’un des· éléments constitutifs de celui-ci. Le graphème transcrit le plus souvent un phonème : a, i au, eau sont des graphèmes qui traduisent [a], [i], [o]. (Le plus souvent, parce qu’il peut être muet ; exemples : le s de tables, le t de venait.) Globalement et plus précisément, le graphème est la plus petite unité distinctive et significative de la chaine écrite, autrement dit, c’est une lettre ou un groupe de lettres signifiant soit un phonème soit un morphème, lequel est une unité à valeur essentiellement grammaticale. Il existe plusieurs sortes de graphèmes : les phonogrammes, les morphogrammes, les logogrammes. Les phonogrammes sont les graphèmes qui transcrivent les sons. Constituant le noyau de notre système graphique, ils représentent 80 à 85 % d’un texte.

Les morphogrammes, prononcés ou non, marquent le genre (e dans variante), le nombre (s dans enfants), la personne (s dans viens) ou la liaison avec les dérivés (le d de marchand, lep de temps). Ils représentent 5 à 6% des graphèmes en discours. Ils sont essentiellement les marques finales muettes (s, t, e, en particulier). Les logogrammes ou figures de mots permettent une identification immédiate ; ils lèvent une ambiguïté à la lecture. Ils ont une graphie particulière. Exemples : eau (dans l’expression puiser de l’eau), ô, oh ; ou, où, houx, août, etc. ; vin, vingt, vain, vainc ... Ils représentent 3 à 6 % des mots écrits. Leur principale fonction est de permettre la distinction des homophones.

Pour être complet, il convient de faire un sort aux lettres étymologiques et historiques. Elles ne répondent pas aux critères de définition du graphème. Exemples : l’accent circonflexe, le d de poids, Je h de huis, le premier n de année, mot prononcé jadis et parfois encore aujourd’hui [âne].

« Phonogrammes, morphogrammes et logogrammes se complètent et s’opposent et il est souvent difficile de les séparer », affirme N. Catach. Leurs rapports sont suffisamment distincts mais il n’est pas possible de parler à leur sujet de système, c’est-à-dire d’un ensemble structuré rigoureusement. Il s’agit plutôt d’un plurisystème ou de plusieurs systèmes, l’un central, et relativement stable, le deuxième, couvrant d’assez larges zones de la chaine écrite, le troisième, enfin, partiel et marginal.

Bibliographie :

Revue« Langue française », n° 20 ; revue« Pratiques », n° 25 et n° 46 ; revue « Bref », n° 22 ; N. Catach : « L’orthographe », P.U.F., col.« Que sais-je ? » ; N. Catach : « L’orthographe française », éd. Nathan.

Ce texte suit les recommandations orthographiques du Conseil supérieur de la langue française

Ce texte est paru dans "La Lettre de l’APARO"