Fondements de l’exercice de la marche consciente (L’enfant magique)

Introduction théorique

(Pour les consignes de l’exercice, voir ici)

Le fait de marcher en “pleine conscience” (comme on dit maintenant) et de varier l’allure est un facteur de détente. Mais c’est aussi d’autres choses : c’est par exemple aussi l’occasion de s’exercer à percevoir avec ses 5 sens, et même ses « 10 sens », comme je le préconise, avec un clin d’oeil, puisque chaque sens a une face externe et une face interne.

Il s’agit de différents claviers multi-sensoriels, avec lesquels, comme un organiste, chacun peut voyager dans le monde sensoriel, pour plus de créativité, une compréhension plus large et profonde, une meilleures mémorisation, une palette plus large pour s’exprimer et se faire comprendre…

Divers auteurs et pédagogues ont développé ces possibilités, la PNL les a conceptualisées dans un but pratique, et les recherches récentes en neurologie ont amélioré la compréhension qu’on avait des différentes fonctions sensorielles.

Par exemple, pour la vision, nous avons tous une capacité de nous remémorer (“revoir dans sa tête”, comme dit de la Garanderie) et tout autant une capacité de construire une image visuelle (“voyez devant vous un éléphant rose avec des oreilles vertes”). On peut aussi se faire une représentation mentale auditive, kinesthésique, olfactive ou gustative. Le kinesthésique, plus large que le toucher, englobe les sensations de mouvement, de position pour les aspects externes, et de tension, de détente, de chaleur, etc pour les aspects internes.

On peut jouer aussi avec les synesthésies, qui sont les associations entre divers canaux sensoriels et souvent des portes d’accès par un des sens vers un autre (je vois la pochette du disque ou du CD, et cela m’évoque la musique ; cette odeur déclenche une image ; ce son, je l’entend rouge…).

J’ai utilisé le mot “jouer”. Il s’agit en effet de différents clavier multi-sensoriels, avec lequel, comme un organiste, chacun peut voyager dans le monde sensoriel, pour plus de créativité, une compréhension plus large et profonde, une meilleures mémorisation, une palette plus large pour s’exprimer et se faire comprendre…

Divers auteurs et pédagogues ont développé ces possibilités, la PNL les a conceptualisées dans un but pratique, et les recherches récentes en neurologie ont amélioré la compréhension qu’on avait des différentes fonctions sensorielles :
“Aux cinq sens d’Aristote, il faut aujourd’hui ajouter la proprioception, la cognition motrice et la perception de la douleur. Lorsque la cognition se détériore, la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer voit le monde qui l’entoure avec son expérience sensorielle, sans qu’elle puisse toutefois intégrer toutes ces informations pour comprendre le contexte. Le traitement des multiples informations sensorielles par le cerveau est étroitement lié à des processus cognitifs. Les déficits sensoriels réduisent considérablement l’autonomie des personnes malades dans la vie quotidienne, leurs relations avec autrui, augmentent leur isolement social et le risque d’accidents. Les professionnels impliqués dans les maladies neurodégénératives restent insuffisamment sensibilisés aux déficits sensoriels, qui peuvent fausser l’évaluation de la cognition.”
Cet extrait, qui concerne la maladie d’Alzheimer, peut être élargi et concerne aussi le monde de l’apprentissage car là aussi les professionnels “restent insuffisamment sensibilisés” non seulement aux déficits sensoriels mais aussi à l’importance de cet aspect dans l’apprentissage pour tout apprenant. Celui-ci, tout autant que la personne atteinte de la maladie d’Altzeimer, voit le monde à travers son expérience sensorielle et traite de multiples informations sensorielles en liaison avec des processus cognitifs. (Voir plus haut - la partie théorique) Si les apprenants sont trop peu sensibilisés aux processus sensoriels qui leur sont propres, on peut craindre que cela réduise leur autonomie et leurs relations avec autrui (on l’a vu plus haut ou on le verra plus loin avec Linda Williams, Jean Houston, etc…)
J’ai utilisé jadis les questionnaires de Vester dans les classes pour sensibiliser les élèves à leurs propres processus sensoriels (“Penser, apprendre, oublier”, de Frédéric Vester…)

Voici quelques indications récentes (2015)

Les fonctions sensorielles et la maladie d’Alzheimer : une approche multidisciplinaire.

Kenigsberg PA, Aquino JP, Berard A, Boucart M, Bouccara D, Brand G, et al. Les fonctions sensorielles et la maladie d’Alzheimer : une approche multidisciplinaire. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2015 ; 13(3) : 243-58 doi:10.1684/pnv.2015.0553

L’article se trouve sur le site John Libbey Eurotext - https://www.jle.com/fr/index.phtml]. Il suffit de s’inscrire avec un mot de passe pour avoir accès à l’article (pdf)

De point de vue de l’enseignement, deux réflexions

- Ce que nous apprend la psycho-neuro-psychiatrie ne peut-elle pas ouvrir de nouvelles pistes pour l’apprentissage ?

- Une éducation multi-sensorielle dès l’école primaire (et maternelle cela va de soi) ne serait-elle pas de nature à stimuler l’activité multi-sensorielle tout au long de la vie (voir aussi “La pleine conscience multi-sensorielle”), ce qui ne peut qu’améliorer la qualité de la fin de la vie ?
En d’autre mots, comment préparer une fin de vie sereine et épanouie dès l’école maternelle ?

L’article dont je parle ci-dessous à propos de la maladie d’Alzeimer met en valeur l’utilité d’une ambiance (environnement et activité) multi-sensorielle stimulante dans toute éducation dès le début de la vie de l’enfant.

Je reprends quelques extraits de cette étude multidisciplinaire (un groupe d’experts de renommée internationale, couvrant un large éventail de disciplines (neurobiologie, neurologie, neurophysiologie, ORL, psychiatrie, psychologie) et un champ d’expertises sensorielles (vision, audition et troubles de l’équilibre, goût, olfaction, proprioception, douleur, neuro-anatomie fonctionnelle, intégration multi-sensorielle)

A propos de la vision

“Quant au système d’orientation spatiale (positionne- ment et navigation), il assure l’une des fonctions cérébrales les plus complexes, puisqu’il fait recours à la fois à des informations multi-sensorielles (visuelles, vestibulaires, tactiles. . .), à la mémoire et au mouvement. Il permet de construire une cartographie cérébrale de l’environnement, et d’avoir un sens de l’emplacement. La découverte de ces structures chez le rat a été récompensée par le prix Nobel de physiologie et de médecine 2014.”
On verra plus loin l’importance de cette cartographie cérébrale, et je ferai le lien avec ce que Eduardo Bono appelle la “bulle sensorielle” ou…

A propos de l’audition

L’oreille interne analyse avec finesse tout l’environnement sonore et l’adapte aux besoins de la personne. Le chaos sonore qui l’entoure devient source d’information dans l’espace et le temps, à condition que cette complexité puisse accéder au système nerveux central et y être traitée correctement. Les émotions auditives, et d’une manière générale tout stimulus auditif entraînant des réactions neuro-végétatives, font l’objet d’une amorce d’intégration au niveau de l’hypothalamus, (…). C’est l’apport indispensable à l’audition pour lui permettre de mémoriser à court et long terme, et pour colorer l’audition d’émotions (mots, musique, alerte. . .). Ces émotions sont responsables d’une très grande quantité de modifications de la perception auditive, allant de la capacité à mémoriser à l’importance que nous attachons aux messages reçus.
Les connexions avec l’aire visuelle sont très importantes. Ces connexions permettent d’une part d’activer des réflexes permettant de tourner la tête vers la source sonore lors de l’alerte auditive et, d’autre part, de mettre en relation des informations dans lesquelles le temps joue un rôle important : le rythme, les fréquences transitoires, le timbre, l’intonation, les hésitations, les tempi, les coupures... Les images sonores deviennent alors associées à des images visuelles, et il n’est plus possible de les individualiser en tant que purement liées à l’audition, dans les traitements ultérieurs de l’information sensorielle [41].
Ici n’est pas le lieu de tirer les conséquences pédagogiques de cette dernière remarque, mais chacun comprendra l’importance de pousser plus loin la réflexion à ce sujet.

A propos de l’olfaction et le goût

Les perceptions gustatives et olfactives doivent être considérées simultanément. La perception olfactive est assurée par deux voies : la voie respiratoire pour les odeurs et la voie rétronasale pour les arômes. Les neurones olfactifs, qui se renouvellent en permanence, sont les seuls neurones établissant un contact direct entre l’environnement extérieur et le système nerveux central.
On savait intuitivement l’importance de l’olfactif, (très développé chez le bébé avant de se perdre, chez nous, tandis que certaines cultures ont gardé vivace cette connexion sensorielle olfactive avec leur développement intellectuel) mais sans avoir pu identifier jusqu’à présent leur importance centrale.

Quant au toucher et la douleur

j’ai été interpellé par le fait que “La peau et le cerveau ont une origine embryologique commune : l’ectoderme. L’environnement tactile est très riche et le sens du toucher permet de reconnaître des stimuli très différents, comme un vent léger, un objet tranchant, une goutte de pluie ou une caresse agréable. Les sensations provenant des neurones sensoriels mécaniques cutanés sont donc qualitativement différentes. Le toucher et la douleur sont étroitement associés. La perception des sensations tactiles nocives (informant d’une menace pouvant toucher l’intégrité du corps) et non nocives dépend de deux catégories distinctes de récepteurs mécaniques, réagissant à des seuils différents de stimulation mécanique. La peau est l’organe sensoriel le plus étendu. On estime que la main humaine comprend 17 000 récepteurs mécaniques, qui permettent par exemple de discriminer la taille, la forme, le poids, le mouvement ou la texture des objets de l’environnement.”

De nouveau ici, le détail des éléments décrits dans la suite de l’article ouvre pour l’apprentissage des perspectives très riches qui dépassent le cadre de cet article. J’invite le lecteur à découvrir ce document qui ne manquera pas de solliciter sa créativité de pédagogue.

Un mot sur l’équilibre

“Un système multisensoriel est responsable de l’évaluation et du maintien de l’équilibre. Les informations proviennent de trois types de capteurs. Le système visuel, le système vestibulaire et le système proprioceptif. Ce dernier, qui permet de percevoir la position et le mouvement des différentes parties du corps dans l’espace, constitue une voie d’entrée fondamentale de l’équilibration.”
Je suis persuadé que l’équilibration n’est pas sans relation avec une notion d’équilibre psychologique et de positionnement de l’apprenant dans le réseau social, au sein de la classe ou à l’extérieur. Ici aussi, des perspectives éducatives se profilent. Travailler avec les élèves sur le tonus musculaire, par exemple, “faire varier la contraction des muscles en réponse immédiate à une information concernant une force extérieure, en utilisant des récepteurs mécaniques cutanés (notamment ceux de la plante des pieds, qui permettent de percevoir les irrégularités du sol) et des récepteurs mécaniques profonds (dans les muscles, les tendons et les articulations, qui tiennent compte notamment de la longueur, de la tension, de la pression et des stimuli douloureux), peut être directement relié à l’image de soi, à la confiance en soi dans l’environnement et surtout, au maintien de l’équilibre dans un environnement en déséquilibre. Je m’explique. Pour garder l’équilibre sur le pont d’un bateau qui tangue, il faut constamment modifier sa posture, la tension musculaire, bref développer une créativité posturale de seconde en seconde, que le petit enfant n’a pas encore et que n’a plus la personne âgée. Je gage que l’enfant ou l’ado qui est à l’aise dans son corps l’est aussi dans ses apprentissages. C’est en tout cas ce que j’ai souvent remarqué dans mes observations des enfants à l’école et au cours de gymnastique.
Il est intéressant de noter que juste pour le moment, en Belgique, les ergothérapeutes revendiquent les mêmes possibilités d’entrer dans les écoles que les logopèdes. Ce qui veut bien dire que les aspects corporels, sensori-moteurs et manuels sont en train de reprendre de l’ampleur dans le champs scolaire.

C’est donc tout naturellement qu’on va conclure par la cognition motrice et la stimulation multimodale

Pendant longtemps, on a considéré la motricité comme étant l’étape finale de la cognition : le cerveau envoie une commande sur les muscles, pour déplacer le corps. Le système nerveux central prédit les conséquences sensorielles de chaque activité motrice. Si les prédictions correspondent à la réalité sensorielle, le cerveau annule les sensations qui ne sont pas importantes, pour ne pas emcombrer la mémoire sensorielle. Ce système permet d’ajuster les actes à l’environnement et de s’adapter à cet environnement. À l’origine de ce modèle, il y a un acte volontaire, passant par une intentionnalité [68].
Quant à lui, le modèle ancien de l’homonculus sensitif (ou somesthésique) de W. Penfield et T. Rasmussen [69], publié en 1950, sépare le cerveau moteur et le cerveau sensoriel.
La neurophysiologie et la neuroanatomie contemporaines ont remis en cause cette vision des choses qui apparaît très limitative, mais qui reste pourtant encore largement enseignée dans les formations professionnelles en santé.

Un mot sur les "neurones-miroir"

“On sait aujourd’hui que les informations sensorielles sont échantillonnées en utilisant plusieurs sens simultanément. La perception et l’action sont couplées. Le cerveau remet sans cesse les informations sensorielles en cohérence et redonne de la signification aux autres, au monde et aux objets avec qui on interagit”.
c’est un traitement multimodal des informations sensorielles, étroitement lié à des processus cognitifs, comme l’attribution d’intentions, et à la conscience de soi. Cette capacité à intervenir sur les autres et le monde, à l’aune de ses propres expériences et perceptions, est appelée « agentivité » (agency en anglais).
Et nous voilà embarqué sur le bateau des neurones-miroir, car le mécanisme concerné, une projection de l’action envisagée vers les zones motrices du cerveau, fait intervenir les neurones-miroirs, une classe particulière de neurones. “Chez l’homme, ils sont situés dans l’aire de Broca, qui est aussi impliquée dans la production du langage, ainsi que dans la motricité fine des doigts” [71] : “Par ailleurs, les neurones miroirs répondent aussi au son produit par le mouvement.
On a donc une combinaison audio, visuelle et motrice. Grâce au mécanisme miroir, les actions exécutées par un sujet deviennent des messages qui sont compris par un observateur, sans médiation cognitive. On a donc là une compréhension des phénomènes d’empathie, parce que “les neurones miroirs permettent de se mettre à la place de l’autre, d’apprendre en imitant les actions, en adoptant le comportement de l’autre : ce que je vois l’autre faire, je le simule moi-même pour mieux comprendre ce je perçois à partir de mon propre répertoire moteur [73]”.

Il est très intéressant de retrouver ainsi les intuitions de J. Pearce quand il suppose une résonance du langage de la mère chez le bébé, qu’on peut imaginer comme des ondes qui se mélangent : deux cailloux jetés à l’eau en même temps créent des ondes qui se rencontrent et s’influencent en se mélangeant. Pearce expliquait ainsi une sorte d’apprentissage par résonance…
“En observant des actions effectuées par un autre, deux classes d’informations peuvent être obtenues : « ce » que l’acteur fait et « pourquoi » il le fait. Les neurones miroirs sont ainsi impliqués dans la compréhension de l’intention.”

Cela mérite d’y aller voir d’un peu plus près.
En effet, la découverte des “neurones miroirs” - qui ne fait que confirmer des intuitions qui ont déjà été abondamment évoquée - a des implications dans la relation pédagogique. Elle confirme cette évidence qu’on enseigne davantage par ce qu’on est et qu’on fait que par ce qu’on dit, et en particulier ce qu’on dit aux autres qu’ils doivent faire, sans le faire soi-même ! Cela met aussi en évidence le travail de Bandura sur le coaching : la façon d’enseigner la plus efficace est d’être à côté de l’apprenant en faisant avec lui, en montrant ce qu’il y a à faire. L’imitation, facilitée par l’activation des “neurones miroirs” fonctionne mieux que tous les autres processus d’apprentissage (Bandura…)

“Les cinq sens établis par Aristote pour donner une signification au monde, aux autres et aux objets de l’environnement (la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher) ne suffisent plus : il faut aujourd’hui y ajouter la proprioception [77], qui permet de percevoir la position et le mouvement des différentes parties du corps dans l’espace, la cognition motrice, qui permet de coupler la perception et l’action [78], et la perception de la douleur, qui traduit une menace touchant à l’intégrité du corps [79].


J’ajoute une petite note pour élargir encore l’éventail multi-sensoriel : Rudolf Steiner parle de douze sens. Comme toujours, avec Steiner, il ne faut certes pas y voir une approche scientifique, mais une vision créative, stimulante pour l’imagination, l’écriture, le théâtre, la poésie.


Un petit détour par ce que dit JEROME BRUNNER à propos de feed-back pourra nous apporter une autre facette dans la façon d’approcher les aspects corporels de l’apprentissage et le multi-sensoriel.

CE QU’EN DIT JEROME BRUNNER

A propos de feed-back (Jérôme Brunner)

"Le jeu et la démonstration par l’exemple jouent un rôle dans l’organisation des constituants qui permet la réalisation de la tâche".
J. Brunner
L’organisation des premiers savoirs faire (première publication 1973). in Savoir faire, savoir dire. PUF, p.87
Brunner signale que l’information en retour (feedback) est moins simple qu’on ne le pense souvent et présente au moins trois formes :
1. - le feedback interne qui signale, dans le système nerveux, une intentionnalité d’action. C’est un feedback prospectif, en quelque sorte, qui apparait sous forme d’évocations, de représentations mentales sensori-motrices avant l’action manifeste (vision)
2. - le feedback proprement dit provenant du système nerveux effecteur en cours d’action. (kinesthésique surtout)
3. - la connaissance des résultats, qui n’est possible qu’après que l’action soit terminée.

Même au niveau le plus élémentaire, comme par exemple dans la compensation de posture chez le bébé, il est impossible d’imaginer l’action orientée sans un ajustement précédant l’action, une sorte de correction préalable du geste par l’intention, par une évocation de l’effet recherché. C’est ce que Gregory Bateson décrit dans le mécanisme de la "calibration" (tir au pistolet) dans "La nature et la pensée (par opposition au tir au fusil qui offre la possibilité d’un « ajustement » préalable).

Tout ceci a des conséquences importantes pour la pédagogie.
S’il y a trois formes de feedback, il peut être utile de diversifier davantage le travail d’auto-évaluation : pas seulement en fonction du résultat final, mais aussi en cours de route, selon ce que nous apprend la façon même dont on met en place et dont on assemble les tâches en vue du résultat. Un bon exemple est celui du sauteur en longueur qui sait déjà pendant qu’il prend son élan, s’il va mordre sur la planche et même si son saut sera bon ou mauvais. Le joueur de basket qui tire un coup franc sait, avant l’arrivée du ballon dans le panier, s’il a réussi ou non, d’après l’agencement de ses gestes, postures, force déployée, tension musculaire, etc. L’exercice qui consiste à fermer les yeux au moment de lancer le ballon dans le panier, après avoir pris le temps de bien viser, amène parait-il un taux de réussite surprenant. (Cf. l’art du tir à l’arc)

On peut ajouter une prise en considération de la construction prospective que l’enfant fait de l’action à mener : quelle image s’en fait-il ? quelle représentation du résultat ? comment sent-il que les choses vont se dérouler ? (évocation visuelle, auditive, kinesthésique, dialogue intérieur) En construisant un modèle en Lego, il peut se dire "si je mets ce bloc juste après celui-là, je vais avoir des difficultés à mettre ensuite celui-là. Donc il faut que je mette d’abord ceci et ensuite cela ... "
Dès qu’un ensemble d’assemblages est devenu routinier, il y a des séquences de mots ou de phrases toutes faites déjà toutes prêtes dans sa tête, inscrites dans sa structure cérébrale, et il peut consacrer son attention à des objectifs plus complexes, nécessitant des assemblages ou des agencements d’assemblages plus compliqués. (Des « routines », comme dans un programme informatique, qui deviennent des « cerveaux-mécanismes » comme dit Jean Lerminiaux).
On peut imaginer des processus similaires pour l’enfant qui produit des textes. Dès qu’un ensemble de mots s’agence sans qu’il doive y faire trop attention, il va pouvoir se consacrer à assembler des morceaux de phrases de plus en plus élaborés, et faire mieux coller ce qu’il écrit avec ce qu’il veut dire.
Le résultat final lui apporte les informations les plus fortes. La satisfaction du résultat sera d’ailleurs importante pour lui. Mais les informations qu’il a perçues tout au long du processus d’écriture seront tout aussi importantes pour ses progrès futurs. La satisfaction de l’écriture en train de se faire peut-être encore plus grande que celle du produit fini, comme cela se passe en général pour le bricolage, la peinture, la construction d’une maquette ...
Respecter ce plaisir de l’oeuvre en train de se faire, ce plaisir de la recherche tâtonnante, ce jeu du feedback présent à chaque instant du travail qui s’élabore, c’est peut-être un des plus beau cadeau que peut faire l’enseignant à l’élève.

Michel Simonis


Notons que Rudolf Steiner identifiait, lui, 12 sens :

Je donne dans cet article un rapide aperçu afin de donner une idée du raffinement de l’analyse sensorielle proposée.
Celle-ci pourrait être approfondie avec les apprenants et faire l’objet d’une fructueuse recherche en classe.