Fondamentaux théoriques 2. Linda Williams : Les différents systèmes sensoriels

“La culture occidentale a tendance à considérer l’esprit et le corps comme des entités séparées, Elle attribue la pensée à l’esprit, et l’action et les sensations au corps. Pourtant, les systèmes sensoriels et moteurs font panie à la fois du cerveau et du corps et leur bon développement est indispensable à la gestion cognitive.” écrit Linda Williams, qui explicite sa pensée avant de résumer : Le système sensoriel comporte non seulement les cinq sens (vue, ouïe, toucher, odorat et goût, qui nous informent sur le monde qui nous entoure), mais aussi nos sens proprioceptifs (les systèmes kinesthésique, vestibulaire et viscéral qui contrôlent nos sensations internes).

“Dans le cerveau, les sensations en provenance des systèmes tactile et kinesthésique sont intégrées pour donner une “image" de l’objet". C’est donc en partant d’une expérience sensonelle que l’enfant va pouvoir former un concept. C’est vrai aussi à tout âge. On sait que les sens visuel, auditif, kinesthésique-tactile constituent la base des modalités d’apprentissage - c’est-à-dire, les principaux moyens d’accès par lesquels l’information est prise. L’apprenant est comme un appareil de télévision, il peut recevoir l’information sur plusieurs canaux. “Traiter tous les élèves de la même façon revient à favoriser certains et à en pénaliser d’autres.”

Linda Williams précise, pour être concrète : “Un enseignant peut ne pas être en mesure de répondre à tous les besoins des apprenants en même temps, mais des adaptations peuvent être prévues pour ménager les différences, La salle de cours peut être organisée en zones silencieuses : table autour de laquelle on ne parle pas pour ceux qui choisissent ce contexte : zone visuelle silencieuse, libre de sollicitations visuelles ; les sièges peuvent être arrangés pour convenir à chacun”.
Mais elle insiste surtout sur l’importance d’aider les apprenants à prendre conscience de leur style dominant “afin qu’ils puissent choisir l’environnement qui leur est le plus favorable et qu’ils puissent expliciter ce qu’ils attendent des autres enseignants.”
Et pour enfoncer le clou, elle ajoute “Il est souvent moins utile de savoir si la réponse est juste ou fausse que de savoir si la stratégie est efficace ou non.”
Une révolution !
“Avec ce nouveau regard sur l’apprentissage, faire des études n’est plus seulement destiné à réussir un examen mais devient une occasion de découvrir de nouveaux savoir-faire qui rendent la vie plus facile et mieux vécue.”

REMARQUE COMPLEMENTAIRE

Ajoutons un petit détours vers les stratégies d’apprentissage.
Tant la PNL que Linda Williams dans son livre “Deux cerveaux pour apprendre” montrent l’intérêt pour chacun de développer un éventail de modes d’accès à ce qui nous entoure pour rendre sa manière de penser et d’apprendre plus flexible, et donc plus efficace. Faute de cette prise de conscience pour soi-même, nous risquons de supposer que la démarche qu’on adopte pour résoudre un problème est la démarche juste et de pénaliser les autres démarches. “On en arrive à priver les apprenants qui n’ont pas le même style d’apprentissage que le mode d’intervention de l’enseignant, de Ieur démarche préférentielle qui leur permet d’être le plus efficace. Nombreux sont ceux qui ne peuvent surmonter ce obstacle”.

Prenons l’exemple de la stratégie d’orthographe : l’expérience montre que la meilleure stratégie associe le visuel et le kinesthésique : visualiser l’image sur l’écran intérieur et le copier à partir de ce modèle interne, puis vérifier kinesthésiquement si on “sent” que c’est juste. “Notre connaissance des styles d’apprentissage nous rend attentifs aux difficultés de certains apprenants face à une stratégie visuelle. Ceux-ci devraient être encouragés à utiliser une démarche auditive ou kinesthésique également. Ils peuvent copier ou prononcer le mot tout en pratiquant l’évocation visuelle” dit Linda Williams, qui conclut : “La démarche pédagogique qui consiste à enseigner clairement une stratégie efficace tout en explorant d’autres démarches possibles permet aux apprenants de développer les stratégies personnelles qui leur réussissent.”

A PROPOS DES DEUX CERVEAUX

Linda Williams s’appuie sur la neuro-pédagogie qui met en avant la différence de traitement entre l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit du cerveau.
Quoiqu’elle nuance bien ce qu’il faut en penser : “Bien qu’il apparaisse clairement qu’on ne puisse localiser les fonctions intellectuelles supérieures dans telle ou telle zone du cerveau”, je prends la précaution de nuancer, encore un peu plus avec les remarques d’Edward de Bono :

“La division cerveau droit/cerveau gauche est devenue une géographie si envahissante qu’elle confine désormais au racisme hémisphérique.”
L’opposition cerveau droit/cerveau gauche “possède une valeur indéniable en indiquant que la pensée n’est pas entièrement linéaire et symbolique, elle a été exagérée au point de devenir dangereuse et limitative, discréditant la cause de la créativité.”
Dans des domaines tels que le dessin ou la musique, le cerveau droit perçoit les choses d’un œil candide, “innocente”, et il autoriserait une vision plus holistique au lieu de construire les perceptions point par point. “Ceci n’est pas sans valeur, mais comme la créativité consiste à modifier nos idées et nos perceptions, nous n’avons d’autre choix que d’utiliser aussi notre cerveau gauche, car c’est là que se forment et que logent nos idées comme nos perceptions.”
L’observation au scanner révèle que lorsqu’on fait preuve de créativité, les deux parties du cerveau sont actives en même temps. Si donc la distinction entre le cerveau droit et le cerveau gauche offre quelque mérite, “ce principe de dichotomie devient trompeur dès que l’on prétend l’appliquer à la pensée créative. Il est d’autant plus source d’erreur qu’il porte a croire que l’aptitude à la créativité réside dans le cerveau droit. En outre, il nous conduit a espérer qu’il suffit d’abandonner les comportements dictés par le cerveau gauche et de se laisser guider par son cerveau droit pour devenir créatif.”
Ceci dit, ce qu’indique Linda Williams est intéressant, car “ce qu’on associe couramment avec la pensée, c’est-à-dire la gestion verbale et analytique, n’est qu’UNE seule façon de traiter l’information, et qu’il en existe une autre tout aussi puissante. Ceci devrait nous alerter sur la nécessité d’élargir nos stratégies pédagogiques afin de trouver les outils qui permettent de présenter et traiter l’information de façon nouvelle. Nous pouvons observer les démarches que les enfants suivent d’eux-mêmes pour acquérir des connaissances ou des savoir-faire spécifiques et découvrir des stratégies en relation avec les différentes gestions cérébrales.”

OUTILS D’APPRENTISSAGE

Parmi les divers outils d’apprentissage que nous suggère alors Linda Williams, je relève

Le langage des évocations mentales

La grande différence entre le langage précis de la définition scientifique et le langage poétique riche en images et en associations : on peut dire de ces deux langages qu’ils sont l’un objectif et l’autre évocatif.
Voici un exemple que je citais régulièrement dans mes ateliers :
”Une fleur, comme un vase qui ondule lentement au bout d’une longue tige verte, sous le vent tiède rempli d’odeurs sucrées” est une “définition dans laquelle chaque terme fait appel à un donné physique, corprel, qu’on peut accrocher par un de ses cinq sens.
Par contraste, je suis allé voir la définition du dictionnaire. Pas de références corporelle, perceptive ou motrice, peu d’entrées (crochets) dans la mémoire, dans la structure cérébrale, lecture “visualisée” difficile sauf effort intellectuel artificiel :
Fleur : organe reproducteur des végétaux de l’embranchemet des phanérogrammes*
(* embranchement du règne végétal renfermant les plantes se reproduisant par des fleurs et des graines”)
Le langage évocatif, d’autre part, est riche en associations, sensible et sensuel et beaucoup moins précis. Le langage poétique cultive souvent l’ambiguïté, suggère plus qu’il n’affirme et s’adresse à l’expérience personnelle du lecteur ou de l’auditeur.
“L’histoire de la radio était plus belle que celle de la télé…” dit l’enfant à sa mère, qui lui répond : “c’est sûr, c’est parce que les images de la radio, c’est toi qui les a fabriquées”.
Le langage des évocations a bien sa place sur les bancs de l’école.
Les professeurs qui vous ont le plus marqué étaient ceux qui savaient utiliser la langue évocatrice.
(Dans ce qui suit, il y a surotut des citations, à résumer et éventuellement réécrire)

La gestion visuelle

Les mots, les phrases et les paragraphes ne sont pas toujours le moyen le plus efficace pour représenter la réflexion. De nombreuses idées sont mieux exprimées et mieux comprises par l’intermédiaire d’images, de cartes, diagrammes, tableaux et schémas heuristiques.
Créer et manier des images est une pratique peu courante à l’école, et pourtant il n’y a aucune raison de penser que les activités mentales visuelles soient moins efficaces ou élaborées que la gestion verbale complémentaire.
Albert Einstein l’exprimait ainsi :
"Les mots ou le langage, quand on les écrit ou qu’on les prononce, ne semblent pas jouer de rôle dans le mécanisme de la pensée. Les entités psychiques qui semblent servir d’éléments de base de la pensée sont certains signes et des images plus ou moins claires qui peuvent être combinées ou reproduites consciemment... Ces éléments sont, en ce qui me concerne, de type visuel et parfois kinesthésique. Les mots ou signes conventionnels sont *recherchés laborieusement dans un second stade lorsque le jeu des associations dont il a été question est suffisamment en place et peut être reproduit à volonté".
Pour certaines tâches, la visualisation est de loin la stratégie la plus efficace pour résoudre un problème. (43)

Le voyage imaginaire

Un autre type de gestion visuelle qui peut s’adapter à l’enseignement est le voyage imaginaire, c’est-à-dire l’aptitude à générer et à se servir de l’imagerie mentale.
Le voyage imaginaire guidé est particulièrement utile pour faire comprendre les phénomènes que l’on ne peut expérimenter soi-même.

L’expérience directe

L’expérience directe, donne à l’apprenant l’occasion d’aborder le sujet avec une démarche davantage "holistique " : il peut accéder à l’information par l’intermédiaire de tous ses sens et avoir une vue d’ensemble avant de maîtriser les aspects spécifiques du sujet.
L’expérience directe peut revêtir des formes très diverses : les expériences de laboratoire sont l’une des plus courantes. Les enquêtes sur le terrain en sont une autre. Chaque fois qu’il est possible, les groupes d’apprenants devraient pouvoir manipuler le matériel (bâtonnets Cuisenaire, modèles, collections d’objets, etc.). Le matériel d’origine, les objets concrets contribuent à rendre vivants des sujets comme l’histoire et les sciences sociales. Les objets "réels" fournissent l’occasion d’apprendre autrement et apportent un complément à la démarche verbale. L’expérience peut être menée dans le groupe par une simulation ou un jeu de rôle. (voir notre chapitre sur le DRAMA)

L’apprentissage multisensoriel

Le rôle de la sensorialité est encore un domaine qui a été ignoré à cause de notre tendance à réduire la pensée à des dimensions verbales. Pourtant le système sensoriel et le système moteur jouent un rôle dans l’apprentissage, pas seulement dans la petite enfance. S’ajoutant à l’audition et à la vision, les sens tactiles et kinesthésiques (mouvement) prennent l’information et contribuent à la structuration des cartes mentales, donc à la compréhension et à la mémorisation.
Nous allons maintenant évoquer des exercices pratiques et des démarches d’approche multi-sensorielles.


Pour la suite, voir "Rédaction 3 - Pratiques..."